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Plouénan. Bio-raffinerie : opportunité ou dérive ?



Plouénan. Bio-raffinerie : opportunité ou dérive ?
Le 9 septembre dernier a été inaugurée une usine de raffinement d'algues à Plouenan, dans le Finistère. Elle vise a valoriser toutes sortes d'algues, y compris les algues vertes. Un projet aussi ambitieux que polémique.
Explications avec Arnaud Clugery, coordinateur régional de l'action associative d'Eau et Rivières de Bretagne et Alain Menesguen, spécialiste des algues vertes à l'Ifremer.  


Cette usine dite de bio-raffinerie transforme des algues pour l'alimentation humaine et animale, et pour produire des engrais. Inaugurée le 9 septembre dernier, elle a posé ses valises à Plouenan (29) dans l’ancien site industriel de la Compagnie Bretonne de l’Artichaut (CBA). Lavage, cracking, séparation des éléments, extraction moléculaire, hydrolyse de protéines... C
ette filiale de la Sica, récolte algues rouges brunes, mais aussi algues vertes, afin de les valoriser sous un projet baptisé Ulvans. C'est là que le bât blesse.

Utiliser les algues vertes, soit. Mais il ne faudrait pas se réjouir de leur prétendu potentiel économique, en oubliant qu'elles sont nées d'un problème environnemental grave, selon Arnaud Clugery, coordinateur régional de l'action associative d'Eau et Rivières de Bretagne. Pour ce militant associatif,  « il y a tout d'abord un abus de langage à utiliser le préfixe "bio" (pour bio-raffinerie ndlr), en désignant les industries nouvelles et tout ce qui attrait au vivant : c'est un déguisement d'une réalité environnementale grave. Ce raffinage d'algues est une filière qui est notamment basée sur la récolte des algues vertes, alors qu'on cherche à les faire disparaître ! ».

La proportion inconnue d'algues vertes
 
Une fois récoltées, les algues sont stockées et conditionnées dans les 1200 m2 du bâtiment. Cette étape bouclée, elles sont envoyées à Bréhan (56), où elles seront transformées, soit en protéines alimentaires, soit en engrais vers des marchés porteurs comme la Chine, la Russie ou encore l'Asie du Sud Est. 
Considérée comme « une première mondiale », selon Hervé Balusson, le PD-G d'Olmix, et principal partenaire financier de ce projet, l'usine pourra traiter 15 000 tonnes d’algues par an. Nous ne parvenons pas à connaître la part d'algues vertes comprise dans ces 15 000 tonnes traitées, malgré nos tentatives pour contacter le groupe Olmix, ou encore la Sica. Impossible donc, de préciser ce point. Reste que pour Arnaud Clugery « Un tel projet qui se présente dans la durée et la pérennité, et dont la ressource s'avère un problème environnemental, est illégitime et malhonnête intellectuellement. »

Des atouts séduisants...
 
Selon le Pôle Mer Bretagne de Brest, les protéines végétales extraites de ces algues vertes pourraient remplacer les protéines animales utilisées dans l’alimentation animale et l’élevage aquacole. Autre éclairage : le projet Ulvans devrait aider au « développement de solutions phytopharmaceutiques qui remplaceront progressivement les herbicides, insecticides et fongicides par des produits naturels, issus de matières algales. » Ce serait aussi une aubaine pour le secteur de la santé animale, en substituant les molécules biosourcées aux molécules chimiques, bénéfiques notamment pour le développement des défenses immunitaires. 
« Nous ne nous opposons pas au développement de la filière des algues en Bretagne, se défend Arnaud Clugery. Nous avons peur qu'on finisse par se réjouir de l'existence des algues vertes, sous un prétexte économique », déplore-t-il.

Une filière créatrice d'emploi ?
 
En outre, pour faire tourner la boutique, l'usine vient de créer 25 emplois et projette de doubler ce chiffre d'ici à deux ans. Sur ce point, Arnaud Clugery est catégorique : « même si des emplois sont crées dans la bio-raffinerie, cela ne compensera jamais la perte d'emplois causée par la prolifération d'algues vertes dans d'autres domaines comme la conchyliculture, le tourisme ou encore la pêche. La priorité est de les faire disparaître. » Et non d'en faire le moteur d'une économie potentielle ?

En quête d'étude globale....
 
Pour Alain Menesguen, chercheur à l'Ifremer, « Les marées vertes pointent une pollution qui révèle les fuites d'azote de l'agriculture intensive. Il faut les diminuer en bassin versant. Or, aucun document ne prouve la valeur ajoutée des algues vertes, nous ne savons rien du potentiel économique de ces ressources. 15 000 tonnes sont traitées par l'usine, cela représente de toute façon une partie très mince du total des algues vertes présentes sur les côtes bretonnes chaque année. »
 
Côté impact environnemental, le conseil de gestion du parc marin d'Iroise a effectué des études quant au ramassage des algues vertes sur les plages, sous l'impulsion de l’État. Et en Baie de Douarnenez, des tests de plusieurs types de ramassages ont été effectués en 2010 et 2011. Dans la rade de Brest, c'est  BMO (Brest métropole Océane ndlr) qui a lancé des études d'impacts sur le ramassage en mer. Quant au ramassage des algues rouges et brunes, qui seront également traitées par la bio-raffinerie, aucune étude d'impact n'est pour l'instant accessible. 

Un article réalisé par Estelle Caudal pour notre partenaire Bretagne Durable, www.bretagne-durable.info

Jeudi 26 Septembre 2013




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