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Paul Ariès. « Il faut une décroissance matérielle mais une croissance en humanité »



Paul Ariès. « Il faut une décroissance matérielle mais une croissance en humanité »
Paul Ariès est politologue, essayiste, journaliste, rédacteur en chef de la revue « les Z'indignés », et objecteur de croissance a ouvert le Forum de l'Economie Responsable (Fer) de Morlaix, qui se déroule les 19 et 20 octobre à Morlaix.  Interview. 

Vous vous définissez comme un « objecteur de croissance amoureux du bien-vivre ». Qu'est ce que cela veut dire exactement ?
 
Je suis pour une décroissance qui n'est pas l'austérité. Il ne s'agit pas d'apprendre à se serrer la ceinture un peu, beaucoup, ou à la folie...mais plutôt d'essayer de changer de style de vie. Il n'y aura pas d'alternatives si on ne suscite pas le désir de changer. Etre un « amoureux du bien vivre » est un clin d'oeil à l'Amérique du Sud, où l'on parle de « buen vivir », de « bien vivre », un concept né là bas, qui renvoie à des alternatives, à « l'écologie des pauvres », à de nouveaux chemins d'émancipation. Je suis très à l'écoute de tous ces nouveaux « gros mots » qui germent à l'échelle mondiale, notamment dans les pays du sud. Je suis convaincu que les principaux « cadeaux théoriques » nous viennent de là-bas. 
La planète est actuellement assez riche pour permettre à 7 milliards d'être humains de bien vivre. C'est déjà une bonne nouvelle ! L'ONU ne cesse de répéter qu'il faudrait mobiliser 40 milliards de dollars supplémentaires par an pour régler le problème de la faim dans le monde. Dans le même temps, 1400 milliards de dollars sont dépensés chaque année pour l'armement, et 800 milliards pour la publicité. Il n'y a pas de problème de finances, c'est juste un problème de choix. Il faut changer le modèle, sortir du toujours plus. Il faut donner aux responsables politiques l'envie de penser la transition. Il faut une décroissance matérielle mais une croissance en humanité. Nous ne sommes pas démunis pour cela, il existe une foule d'outils.

Comment peut-on y arriver ? Quels sont ces outils ?
 
Il est nécessaire de sortir du « toujours plus », en lui opposant quelque chose qui soit aussi fort, comme par exemple le don, le partage, la gratuité des services publiques...On voit actuellement l'émergence de tout un mouvement à ce propos : gratuité dans la restauration collective, la culture, les transports, l'eau. L'essentiel est de s'engager, d'être du côté de la création de lien social. De grands principes structurants sont également nécessaires, comme par exemple la relocalisation, le ralentissement, la désobéissance...L'économie sociale et solidaire peut être aussi un outil extraordinaire. La grande force du système est de rendre ces alternatives, ainsi que la pauvreté, invisibles. L'un des grands enjeux est aussi la mutualisation, accompagnée d'une forte démocratie. Plus la crise s'aggrave, plus on aura besoin d'un surcroît de démocratie. Il faut miser sur l'intelligence collective, et cesser de croire que « plus égal mieux ». Constituer un grand projet collectif, qui redonne espoir.
 
Quel regard portez vous sur la situation que connait la Bretagne actuellement, secouée par une crise du secteur de l'agroalimentaire ? Que diriez-vous aux salariés qui manifestent ?
 
Il n'y a pas de réponses, de solutions, dans le cadre du système actuel. Tout doit être fait de façon à ce que ce ne soit pas les salariés qui aient à payer la facture. La Bretagne est la première victime du productivisme agricole, un modèle qui court à la catastrophe. Elle doit devenir maintenant un véritable laboratoire de reconversion dans les domaines économique, écologique, et social. Il est urgent de penser à un plan de reconversion pour la région. S'imaginer qu'on va pouvoir continuer comme ça, ce n'est pas possible. Les politiques doivent penser aux transitions. Comment va-t-on alors vivre ? Instaurer un revenu pour tous est une solution, comme diminuer le temps de travail, et redistribuer les revenus. 
Les circuits courts, la relocalisation, peuvent être également d'excellents leviers. Pourquoi ne pas imposer dans les cahiers des charges le recours aux circuits courts ?

Votre conférence s'inscrit dans un Forum de l'Economie Responsable. Qu'est ce qu'une « économie responsable » pour vous ?
 
Je ne suis pas un fétichiste du vocabulaire. Le terme « économie responsable » est symptomatique, cela sous-entend que l'économie n'est pas responsable, sur les plans économique, écologique et humain. Dire qu'il faut construire une économie responsable, c'est avoir une économie qui soit socialement profitable, humainement généreuse et écologiquement responsable. Il est nécessaire de repenser notre façon de produire, ainsi que l'économie politique. Un levier sur lequel il faut s'appuyer pour cela est notamment l'économie sociale et solidaire.
 
Etes-vous optimiste pour l'avenir ?
 
Je crois que pour la première fois, le temps de la nature va plus vite que le temps politique. Si l'on ne réagit pas face à la crise, nous allons vers des lendemains qui déchantent. La société est comme un vélo : si on arrête de pédaler, on tombe. Dans le système actuel, si on arrête de produire et consommer toujours plus, on entre en récession, on se casse la figure. Nous devons sortir de ce système. Il faut penser la transition dès maintenant, et montrer que c'est plaisant, qu'on a tout à y gagner, tous. J'ai l'habitude de dire « je ne crois plus aux lendemains qui chantent car je veux chanter au présent ». Il faut montrer qu'on peut y arriver, sans culpabiliser, en donnant envie, en suscitant le désir. La culpabilisation à outrance est injuste et contre-productive. La société du « toujours plus » n'est pas si jouissive que cela, et en face, il faut des réponses qui soient positives.

Plus d'infos et programme détaillé du FER sur http://forumeco.wordpress.com
 
En audio.
Paul Ariès nous livre sa définition de l'économie responsable. 

Un article réalisé par Marie-Emmanuelle Grignon pour notre partenaire Bretagne Durable, www.bretagne-durable.info

audio_paul_aries.mp3 AUDIO Paul Ariès.MP3  (2.62 Mo)



Vendredi 18 Octobre 2013




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