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Eolien, le salut par la mer ?



Les éoliennes de Kergrist, dans le Morbihan. Jacques Le Goff
Les éoliennes de Kergrist, dans le Morbihan. Jacques Le Goff
Alors que l’éolien ne représente que 2 % de la consommation énergétique française, l’objectif de 23 % en 2020 semble de plus en plus difficile à atteindre. Pour y arriver, il faudrait multiplier par 5 la capacité de production sur le territoire, dont plus d’un quart avec l’éolien en mer.

De leur côté, les opposants aux éoliennes, très bien organisés, tentent de freiner ce développement qu’ils jugent déraisonnable, sur terre comme en mer.



Des éoliennes près du Mont St Michel ? L’idée en rebute plus d’un. A tel point que la Fédération environnement durable, chantre des anti-éoliens, vient d’écrire à l’Unesco pour attirer leur attention sur plusieurs projets en cours dans les environs. Le comité du patrimoine mondial s’est déclaré, depuis février, « préoccupé par l’impact potentiel des éoliennes sur le cadre paysager du bien ». L’enjeu ? Trois éoliennes de 100 mètres de haut à 20 km du Mont. Deux décisions de justice viennent pourtant de donner raison au gérant de la société Epuron, promoteur du projet à Argouges. Mais six autres parcs éoliens dans le département voisin semblent d’ores et déjà compromis.

L’exemple est symbolique, mais il illustre la montée en puissance des anti-éoliens depuis quelques années dans l’Hexagone. « Bruyantes, elles défigurent en outre les paysages, occasionnent des phénomènes stroboscopiques à cause des flashes émis par les nacelles, perturbent le vol de certains oiseaux et autres chauve-souris et tout cela pour quoi ? Pour produire une énergie intermittente, ultra subventionnée… », accuse Jean-Louis Butré, auteur d’un pamphlet intitulé « Imposture, pourquoi l’éolien est un danger pour la France », sorti en octobre 2008 et préfacé par Valéry Giscard D’Estaing.

Coup de frein pour la filière

La Fédération regroupe près de 600 associations dans toute la France. « Dès lors qu’un projet éolien se dresse, vous pourrez trouver une association citoyenne qui lutte ! » s’exclame Marie-christine Colin, agricultrice adhérentes à la Fédération, qui milite contre les projets éoliens près de chez elle, c'est-à-dire près d'une Zone de Développement Eolien (ZDE).
Car depuis 2010, les promoteurs ne peuvent plus envisager de construire un parc éolien n’importe où sur le territoire. Il convient de s’insérer dans des zones balisées, afin d’éviter le mitage des installations. Une nouvelle réglementation qui n’a pas manqué de susciter des réactions d’émoi, du côté du syndicat des énergies renouvelables (SER), voyant dans cette « nouvelle contrainte », un « coup de frein supplémentaire au développement de l’éolien ».

Plus pénalisant encore pour la filière : désormais les machines de plus de 50 mètres sont soumises au régime des installations classées, ce qui complique encore un peu plus la tâche des promoteurs.

Une énergie sans CO2

Pourtant, pour ses défenseurs, l’énergie éolienne présente de nombreux avantages. D'abord elle n’émet aucun gaz à effet de serre. Son développement permettrait donc d’atteindre l’objectif de réduction de 20 % des gaz à effet de serre en 2020, dans le cadre du programme de lutte contre le changement climatique. « L’éolien apparaît comme une solution capable de produire de l’électricité à grande échelle tout en réduisant les émissions de CO2 », appuie le cabinet d’audit PriceWaterhouseCoopers (PWC), dans un récent rapport. Ce que conteste la Fédération evironnement durable, insistant sur le côté « intermittent » de l'éolien, qui nécessite « l'appuie de centrales thermiques ». Quant aux effets sur la santé, l’Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Affset) ne partage pas, dans son rapport de 2008, l’avis des anti-éoliens. Elle estime que « les émissions sonores ne sont pas suffisantes pour générer des conséquences sanitaires directes ».

Quant aux effets négatifs sur la faune sauvage, les naturalistes de France nature environnement n'accusent pas les éoliennes de dommages aussi importants que l'entendent les anti-éoliens.


L’éolien off shore balbutiant

Pour répondre à l’objectif de 23 % d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique française, d’ici 2020, « la France n’a pas d’autre choix que de se doter d’un parc éolien conséquent, comme l’envisage le Grenelle de l’environnement », a souligné récemment Nathalie Kosciusko-Morizet. Les spécialistes estiment que pour atteindre ce chiffre, il convient d’installer une puissance de 25 000 mégawatts (MW), dont 6 000 uniquement en mer.
Ce qui explique l’appel d’offres lancé en ce début d’année par le ministère de l’écologie pour le développement de l’éolien « off shore », encore inexistant en France, 11 ème pays européen à miser sur cette énergie renouvelable. L’enjeu ? Produire l’équivalent de 2 centrales nucléaires d’ici 2015 et peut-être, si le test est concluant, autant entre 2015 et 2020. Car dans l’immédiat, l’éolien ne pèse que 5 600 MW - contre 63 130 MW pour le nucléaire et 24 178 MW pour l’hydraulique.
En l’état actuel de la contestation, tout laisse à penser que l’objectif ambitieux de 23 % d’énergie renouvelable sera difficilement atteint.

Même en mer, produire 6 000 mégawatts en 9 ans semble en effet un mirage. Puisqu’il s’agirait de construire autant d’éoliennes sur l’eau que ce qu’ont déjà réussi, tous ensemble, nos voisins européens (Royaume Uni et Danemark en tête). Plus problématique à maîtriser encore, la montée en puissance de la contestation en mer, comme sur terre. La grogne commence en effet à se faire entendre. Des associations de défense de la faune marine comme SOS à l’horizon, craignent pour la perturbation de la faune marine.

Des comités de pêche, comme à St Brieuc, sont inquiets pour l’impact éventuel sur leur ressource. Alain Coudray, président du Comité local des pêches, souligne que les pêcheurs « ne veulent aucune éolienne dans la zone définie par l'État ! Nous ne sommes pas contre les éoliennes en mer, mais sur une partie de la grande zone au large de Saint Brieuc, nous n'en voulons pas ici, tonne-t-il. C'est une zone très fréquentée par les bateaux ». Mais un terrain d'entente entre les promoteurs tel Nass & Wind à Lorient et les pêcheurs, pourrait être trouvé, par le biais de compensations financières. De quoi inverser la vapeur ?


Un article réalisé par Julien Dézécot pour notre partenaire Bretagne Durable, www.bretagne-durable.info



Les énergies marines contestées ?

D'ici 2020, la France devra produire sur son territoire 6 000 mégawatts grâce aux énergies marines : éoliennes en mer, hydroliennes (éoliennes sous-marines), houlométrie... Un objectif fixé par le Grenelle de l'Environnement, auquel la Bretagne, les Pays-de-la-Loire et La Normandie notamment, tentent de répondre, grâce à leur fort potentiel éolien (le deuxième de France en terme de vent).
A l'inverse des pêcheurs, les associations environnementales se réjouissent de l'implantation d'éoliennes en mer. Ainsi le Réseau Cohérence, en Bretagne, qui oeuvre à la promotion du développement durable, se déclare « favorable au développement des énergies marines renouvelables sur le territoire breton, le projet des éoliennes offshore étant essentiel », selon Philippe Yven, chargé de mission. L'enjeu pour ces associations : convaincre les citoyens de s'approprier le projet et de s'investir dans le débat.
« Il faut trouver des arguments pour favoriser l'acceptabilité d'un projet éolien dans la population », pour éviter de tomber dans le piège des éoliennes sur terre. Lorsque l'on sait que l'éolien terrestre crée bien des polémiques sur le territoire, on peut se demander quelles seront les réactions des riverains et élus des littoraux concernés lorsque 600 machines offshore seront installées d'ici 2015, d'autant plus que des expériences sur l'implantation d'hydroliennes sont d'ores et déjà programmées. Après les pêcheurs, les plongeurs, plaisanciers et autres acteurs du monde marin y trouveront-ils leur compte ?



Dimanche 3 Avril 2011




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